1ière lettre envoyée à Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur

Publié le par Ecole Supérieure d'Acteur de Liège

A l’attention de Madame Marie-Dominique Simonet
Ministre de l’Enseignement Supérieur,
De la recherche Scientifique
Et des Relations internationales de la Communauté française
Rue Belliard 9-13
1040 Bruxelles


Liège, le 28 octobre 08,

Copie à Monsieur François Thiry Directeur ff du Conservatoire de Liège


Madame la Ministre,

Vous avez toujours témoigné une attention particulière à notre école; soyez assurée que les efforts que vous avez effectués produisent tous leurs fruits. Nous vous en remercions.

En effet, la formation des acteurs au Conservatoire de Liège connaît aujourd’hui un développement exceptionnel :

- développement des relations internationales : avec Haïti (Charge du Rhinocéros, CGRI, Festival 4 chemins, la Focal, le Petit Conservatoire), avec la France (Rennes), la Finlande (Tempere) et l’Italie (Modène) - dans le cadre du Projet européen Prospero- , avec le Maroc (Théâtre de la Guimbarde) ;
- développement des relations avec les Institutions Culturelles : Théâtre de la Place, Théâtre National, Théâtre de l’Ancre ;
- développement des relations avec la Flandre : RITS, KVS, Festival BATARD ;
- développement de partenariats avec le monde associatif et artistique, le monde du handicap mental (le CREAHM),

Ces projets, nous les réalisons dans la volonté de répondre concrètement aux devoirs assignés aux Ecoles Supérieures Artistiques par le décret du 17 mai 1999: article 3 §1, 2, 3, 4, 5, 6, et 7.

Nous nous faisons également un honneur de réaliser le projet pédagogique spécifique que le Gouvernement de la Communauté française a approuvé.

La qualité exceptionnelle de ce projet ne s’est jamais démentie. Nos lauréats qui crèvent les écrans (Olivier Gourmet, Fabrice Adde, Fabrice Murgia …), les compagnies, les comédiens issus de notre enseignement qui animent brillamment les scènes de ce pays et à l’étranger l’attestent à suffisance. Pour vous en informer concrètement, nous ne manquerons pas de vous faire parvenir sous peu une farde de presse.

Sachez également que nos lauréats connaissent un taux d’insertion professionnelle tout à fait exceptionnel.
Mais tout ceci ne peut masquer plus longtemps que nous travaillons péniblement dans un cadre archaïque inadapté et néfaste.

A Liège, depuis trente ans et par défaut, le Domaine du Théâtre est géré par des professeurs d’art dramatique. Ce sont ces seuls professeurs qui - à force de nombreuses heures supplémentaires bénévoles, d’argent personnel et sans en avoir les pouvoirs ni institutionnels, ni financiers - ont assuré et assurent encore la mise en œuvre du projet pédagogique et la gestion quotidienne de leur école.

Cette réalité est sans conteste ce qui a permis d’élever la formation de l’acteur à un réel niveau d’excellence sur le plan européen. Mais cette situation singulière a également des effets ingérables, tant pour les professeurs eux-mêmes que pour leurs étudiants, pour l’école dont ils dépendent et enfin pour les pouvoirs de tutelle. C’est une source récurrente de tensions institutionnelles et de conflits structurels.

Nous ne cessons de rencontrer un conseil de gestion pédagogique déficient où il est impossible de faire entendre notre voix (nous ne voyons plus comment y participer), la gestion financière de la dotation du Conservatoire paraît hautement problématique, la direction semble incapable de nous soutenir, elle continue contre votre avis à interdire tout accès aux comptes, elle a supprimé notre droit à un budget propre, elle n’est même pas en accord avec les règles prescrites par le règlement d’ordre intérieur du conseil de gestion et avec celles prescrites par le décret. A ce jour, nous ne savons toujours pas quelle somme sera disponible pour les projets artistiques de ce premier trimestre 2008-2009.

L’instance de conciliation que vous aviez heureusement diligentée a conclu à des problèmes de personnes. Or, si le facteur personnel peut bien alléger ou aggraver un peu nos difficultés fondamentales, la problématique reste bien structurelle. C’est à ce niveau qu’il faut opérer.

Le conseil d’option du domaine du théâtre et des arts de la parole vous informe très officiellement qu’il ne sera plus en mesure d’assumer la responsabilité de la mise en œuvre de son projet pédagogique si des avancées dans ce sens ne peuvent être réalisées d’ici la mi-décembre. Tant que nous n'aurons pas des garanties que le responsable de la formation de l’acteur, démocratiquement élu, puisse bénéficier des pouvoirs et des moyens nécessaires à sa fonction, le conseil d’option refusera désormais de mandater l’un des siens à porter cette responsabilité.

De deux choses l’une : ou bien pour assurer sa pérennisation et son développement, la formation de l’acteur de Liège obtient enfin les moyens financiers et institutionnels de son fonctionnement ou bien la direction du Conservatoire retrouve toutes ses prérogatives (comme elle semble le vouloir) et elle aura à assumer seule le déclin rapide et inéluctable de l’école d’acteurs liégeoise à un niveau qui ferait honte à une académie.

Madame la Ministre, les étudiants, leurs parents et les pédagogues sont inquiets. La colère gronde. La profession se mobilise.

Pouvons-nous éviter un point de non retour ? Pouvons-nous avancer très concrètement sur ces questions ou devrons-nous reculer de plus de trente ans en arrière ?

Dans l’espoir de vous rencontrer rapidement,

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à la présente, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, Madame Marie-Dominique Simonet, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Pour le conseil d’option du domaine du théâtre et des arts de la parole
Nathanaël Harcq
Président

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