2ième lettre envoyée à madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur

Publié le par Ecole Supérieure d'Acteur de Liège

A l’attention de Madame Marie-Dominique Simonet
Ministre de l’Enseignement Supérieur,
De la recherche Scientifique
Et des Relations internationales de la Communauté française
Rue Belliard 9-13
1040 Bruxelles

Concerne :

Madame la Ministre,


   Persuadé du dialogue que nous avons pu trouver lors des dernières négociations que nous avons tenues ensemble concernant le sauvetage temporaire de l'encadrement pédagogique de l'enseignement artistique du théâtre et des arts de la parole au sein des Conservatoires royaux de la Communauté française, permettez-moi de vous solliciter à nouveau. En tant que Président du Conseil Etudiant de l’Ecole Supérieure d’Acteur du Conservatoire de Liège, il est de mon devoir de vous transmettre le sentiment de grande inquiétude qui règne parmi les étudiants du domaine depuis notre dernier Conseil d'option daté du 24 octobre 2008.


   Nous avons appris lors de ce Conseil et lors de l'Assemblée générale qui l'a suivi, que le Conseil d'option refuserait de continuer à mandater son Président pour assumer la tâche ardue de gestion pédagogique du domaine du théâtre si d'ici la fin du mois de décembre aucune proposition concrète n'est élaborée pour mettre à la disposition du domaine l'ensemble des moyens nécessaires à la bonne mise en œuvre de son projet pédagogique. Il s'agit d'accorder au domaine l’ensemble des moyens nécessaires dont notamment donner au responsable de la formation, personne compétente et en charge de cette tâche : une existence juridique, une reconnaissance, un statut professionnel correspondant à la réalité, une rémunération équitable, les moyens et les pouvoirs indispensables... Bref, la possibilité de poursuivre sainement et légitiment la mise en œuvre du projet pédagogique du domaine du théâtre sans recevoir de freins intempestifs d'une direction passive, sans en subir les reproches accablants ou l'absence de reconnaissance poussant au burn-out… Cela signifie objectivement qu'à partir de la fin de ce trimestre et jusqu'à une date indéterminée, aucune personne ne s'occupera concrètement et valablement de la mise en oeuvre des projets d'art dramatiques, pourtant en plein essor pour le moment grâce au travail d'ouverture que le Président du Conseil d'option réalise réellement depuis plusieurs années.

   Pour ne prendre que quelques exemples et pour ne citer que ce début d'année académique, les ouvertures auxquelles je fais références ci-dessus, recouvrent des aspects géographiques, culturels, communautaires, internationaux, sociaux, linguistiques, professionnels et relationnels. Je pense particulièrement au déplacement à Bruxelles d'étudiants pour des projets pédagogiques avec le RITS et Jos Verbist, à un projet de scénographie avec Léo De Nijs (Pays-Bas), à la venue d'un professeur d'art dramatique de France, à des projets d'insertion professionnelle au Festival Emulation de Liège, au KVS et au Théâtre National à Bruxelles, au Théâtre de l'Ancre à Charleroi, à des projet d'art dramatique avec le CREAHM… Cette liste est longue et n'est pas encore achevée… Et nous savons que cette ouverture, fruit d'un travail ardu, risque de s'arrêter à la fin de ce trimestre. Notre inquiétude est réelle !

  
   Le constat accablant du Conseil d'option de son incapacité prochaine à assumer la mise en œuvre de notre projet pédagogique et à mandater un responsable pédagogique en lui donnant les moyens de cette mission est pour nous une source intarissable d'inquiétude. Ainsi, nous vous demandons de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour nous garantir la poursuite des nos études que nous avons choisies.

   Les moyens nécessaires à la pérennisation d’un enseignement de qualité recouvrent, pensons-nous, deux volets : le premier, la création d’emplois non pédagogique et particulièrement celui d’un directeur pédagogique et, le second, l’indépendance budgétaire.


   Premièrement, nous savons que notre Ecole d'Acteur est en sursis… Nous savons que d'ici quatre ans, le nombre d'Unités Emploi dont notre corps pédagogique dispose, va baisser jusqu'à atteindre le chiffre de 16 UE. Cela signifie une perte de 4 UE, soit de 20 % de l'encadrement actuel. Il est inacceptable, pour nous, étudiants, de poursuivre nos études en ayant en tête que nous connaîtrons une érosion qualitative du projet pédagogique que nous avons choisi et que la Communauté française s'est engagée à mettre en œuvre pour nous. Ainsi, pour continuer à défendre nos études, nous voudrions vous rappeler cet état de fait et vous inviter à considérer plus que réellement la question de la création d'emplois non pédagogiques pour les postes de responsable pédagogique du domaine du théâtre et de régisseur. Actuellement, ces fonctions n'ont pas d'existence juridique propre et obligent le Conseil d'option du domaine du Théâtre à utiliser des heures de cours soit des UE pédagogiques pour des fonctions non pédagogiques. En créant ces postes, vous libériez de l'emploi pédagogique et participeriez à diminuer le risque de voir disparaître notre enseignement liégeois artistique reconnu en Europe. Permettez-moi quand même ici de vous rappeler que face à la complexité du problème auquel nous allons être exposé, la solution que nous préconisions en avril 2007 de fixer l’encadrement pédagogique à 19 UE pour les premiers étudiants reste pour nous la plus facile. Nous aurions espéré continuer réellement à dialoguer, réfléchir et élaborer un système efficace de qualité avec vous comme vous nous l’aviez promis.


   Deuxièmement, nous voudrions vous témoigner une autre inquiétude quant aux budgets du Conservatoire. Nous avons pu entendre à travers les réunions du Conseil de Gestion Pédagogique que le Conservatoire souffrait de gros problèmes budgétaires. Le directeur mentionne ces problèmes mais reste opaque sur la réalité concrète que représente « un problème budgétaire ». Sommes-nous au seuil de la banqueroute ? Existe-t-il des problèmes structurels quant au fonctionnement du Conservatoire ? N'avons-nous pas un droit d'accès aux comptes du Conservatoire ? Dans cette situation de crise, nous apprenons que le directeur a retiré, au domaine du théâtre, son budget propre et son autonomie pour la gestion de l’ensemble du projet pédagogique.


   Nous avons perdu un droit d'autonomie financière. Le domaine du théâtre jouissait d'un budget et le Directeur ne reconnaît pas cet acquis ! Par exemple, le budget prévu l'an dernier pour l'achat de livres théoriques sur le théâtre a été supprimé. La réalisation d'un Cybercafé par notre Conseil Etudiant n'a pu être possible, dans un premier temps, sans que nous ayons trouvé nous-même et sur le budget du Conseil Etudiant le matériel informatique nécessaire. En plus, Madame Charlier nous parle d'inclure dans notre minerval (sous forme de frais complémentaires) les frais inhérents à la réalisation des projets d'art dramatique, ce qui pour nous est inacceptable et impossible… Il n’est pas question que les problèmes financiers du Conservatoire de Liège voire de la Communauté française soient épongés par les étudiants et/ou leur famille. Une fois encore, les élèves et les parents sont inquiets !


   Vous comprenez aisément, Madame la Ministre, que dans cette situation, je voudrais rassurer les étudiants quant à la faisabilité de la formation d'acteur qu’ils ont choisie. Quels moyens développer pour assurer cette formation ? Qui va mettre en œuvre le projet pédagogique de l’école à partir du deuxième trimestre ? Comment garantir financièrement la réalisabilité de ce projet ?

   En espérant vous rencontrer dans les plus brefs délais avant que les problèmes ne se posent réellement, je me tiens à votre entière disposition. Veuillez, Madame la Ministre, Madame Marie-Dominique Simonet, agréer l’assurance de mes sentiments respectueux.

Pour l’ensemble des étudiants de l’Ecole Supérieure d’Acteur du Conservatoire de Liège,
Jérôme de Falloise


Président du Conseil Etudiant de l’Ecole Supérieure d’Acteur du Conservatoire de Liège


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