Article de presse paru dans Le soir ce mercredi 07 janvier 2009. Madame la ministre Simonet et notre directeur Bernard Dekaise prennent officiellement position. Enfin!

Publié le par Ecole Supérieure d'Acteur de Liège

Rentrée gelée à l'école d'acteurs

PIERRE MOREL

mercredi 07 janvier 2009, 08:52

Liège. Les pédagogues ont mis leur menace à exécution : ils n'organisent plus eux-mêmes le projet pédagogique.

Rentrée gelée à l'école d'acteurs


C’est le dialogue de sourds entre une école d’acteurs qui réclame un meilleur encadrement et la ministre de l’Enseignement supérieur qui s’affirme coincée par un décret. En attendant, ce sont les étudiants qui trinquent.


   P
lus encore qu'ailleurs, la rentrée de l'école d'acteurs du Conservatoire de Liège (Esact) a été… glaciale. Depuis ce lundi, la trentaine de pédagogues et les 93 étudiants de ce qui est officiellement le « Domaine du théâtre et des arts de la parole du Conservatoire de Liège » sont présents à l'école mais les cours n'y sont pas organisés.

Tout simplement parce que l'équipe pédagogique a décidé de ne plus se charger elle-même de la coordination du projet pédagogique. Depuis des années, celui-ci est organisé par les enseignants eux-mêmes, avec une large autonomie par rapport à la direction du Conservatoire, qui compte aussi une (plus grosse) section « musique ». Mais depuis le début du mois d'octobre, celui qui assumait ces fonctions de coordination de l'enseignement, le « responsable de la formation de l'acteur » Nathanaël Harcq, avait annoncé qu'il ne le ferait plus au-delà du 19 décembre (Le Soir du 01/12/08).

  
« Depuis des années, nous réclamons la création d'un poste spécifique de responsable pédagogique
, soupire Nathanaël. Organiser la vie de l'école, répartir les locaux, choisir les pédagogues, trouver les subsides, animer nos relations internationales : tout cela, je le fais en l'absence de tout cadre légal. Avec à peine 30 % d'étudiants de plus que nous, l'école d'acteurs de Maastricht dispose de… douze employés non-pédagogues : régisseurs, administratifs, bibliothécaire, costumier, etc. Moi, officiellement, je ne suis qu'un professeur et la loi m'oblige à donner cours. C'est désormais ce que je me contenterai de faire, puisque nos revendications ne sont pas entendues. »


   Résultat : leurs projets d'art dramatique pour le second semestre n'ont pas été communiqués aux étudiants ce lundi. Et ceux-ci se sont donc logiquement tournés vers leur direction, celle du Conservatoire. De retour dans sa fonction de directeur depuis un petit mois à peine, après deux années de mission extérieure, Bernard Dekaise affirme comprendre les revendications.


   « Sur le fond, je suis d'accord avec eux
, explique-t-il. Le théâtre et la musique sont deux domaines très différents, et l'école d'acteurs a en effet besoin d'une autonomie pédagogique et de gestion. Il serait par ailleurs normal que le domaine soit dirigé par quelqu'un issu de ce milieu professionnel, alors que le Conservatoire est depuis toujours dirigé par un musicien. De longue date, avec Max Parfondry, Jacques Delcuvellerie, puis Nathanaël Harcq, nous fonctionnons dans les faits de cette manière, avec une école d'acteurs très autonome, mais il est vrai que c'est en prenant quelques libertés avec la législation. »


   Bernard Dekaise a d'ailleurs déjà accepté l'une des revendications de l'Esact : la doter à nouveau d'un petit budget propre pour les frais non pédagogiques (achat de matériel, par exemple). Mais pour les deux autres (création, donc, d'un poste de responsable pédagogique et création d'un poste de régisseur), ce n'est pas lui qui décide : « J'ai demandé à Nathanaël Harcq de me fournir un document listant les besoins objectifs pour l'organisation pédagogique du deuxième semestre et j'irai, avec celui-ci, plaider auprès de la ministre de l'Enseignement supérieur, Marie-Dominique Simonet. Mais j'aurais préféré que d'ici là, l'école fonctionne au lieu de ce petit chantage. Parce que forcément, beaucoup de parents d'étudiants commencent à s'inquiéter. Or, on n'organise pas la vie pédagogique d'une école artistique de la même manière qu'ailleurs : ce serait difficile pour moi, et inefficace, de le faire d'autorité à l'Esact. »


   L'inquiétude est palpable également parmi les étudiants, et au sein du monde culturel. Ateliers de la Colline, Groupov, Charge du Rhinocéros, Créahm, Grandgousier, Théâtre National de Bretagne : autant d'acteurs du monde théâtral qui se sont d'ailleurs fendus d'un courrier inquiet auprès de la ministre Simonet.


   Celle-ci s'affirme « particulièrement sensible à la qualité de l'enseignement dispensé au Conservatoire », mais rappelle : « En tant que ministre, je suis responsable de l'application d'un décret de 2001, pondu par mon prédécesseur, qui lie le budget de fonctionnement au nombre d'étudiants. Je suis déjà intervenue en 2007 pour éviter de nombreuses pertes de postes, et même en créer de nouveaux, dans les trois conservatoires de la Communauté. Aujourd'hui, on me dit qu'il en faut davantage à Liège. Alors que le taux d'encadrement est déjà particulièrement élevé dans les conservatoires. Et puis, si j'agis pour Liège, je dois le faire partout ! Je cherche des solutions, notamment pour le personnel logistique, mais ce ne sera pas pour cette législature. On doit travailler dans un contexte global et sur des bases décrétales. »


   Par ailleurs, ces nouveaux remous à l'Esact exacerbent les tiraillements au sein du conservatoire de Liège entre musique et théâtre. « Ce qui est vraiment contre-productif, soupire Bernard Dekaise. Les étudiants des deux domaines ne travaillent pas du tout ensemble. C'est tout de même regrettable. »
Le malaise est évident.


link : Le Soir

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